La méthode Michael Moore
Le nouveau film du réalisateur Michael Moore qui prend l’affiche dans nos cinémas, Sicko, se pose en continuité avec les documentaires précédents en ce qui a trait à la façon dont il a été construit. Si le sujet change, la méthode, elle, demeure. C’est celle de la manipulation des faits, des raccourcis et associations faciles, des histoires d’horreurs découlant de cas particuliers qu’on veut nous faire croire qu’ils sont la règle. Le tout sur un fond mélodramatique, et le tour est joué!
Il faut tout d’abord se questionner sur le nom à donner à l’œuvre de Moore : peut-on la qualifier de documentaire? Si un documentaire est une œuvre qui, à partir d’un problème social majeur, analyse avec une certaine rigueur et un certain niveau d’objectivité la situation donnée, en en cherchant les causes et les conséquences et en la décrivant exhaustivement, j’ai de forts doutes que Sicko ou Farenheit 9/11 ou Bowling at Columbine puissent en être.
Moore a certes le mérite de mettre en relief un problème social majeur, celui des soins de santé. Il n’y a pas de sujet plus préoccupant et de plus accaparant de nos jours. Mais en ne prenant que les cas les plus accablants qui résultent de certaines failles du système, Moore passe continuellement à côté d’un objectif essentiel d’un bon documentaire qui est de regarder de façon exhaustive l’ensemble d’un problème.
Qui plus est, sa rigueur et son objectivité ont déjà été remis en question, et pour cause, par bien des gens, alors il ne sert à rien de revenir trop longuement là-dessus. Simplement, quand on présente le système de santé canadien comme idyllique et le système américain comme totalement désastreux, et surtout quand on s’émeut devant les réussites du système cubain, il y a fort à parier qu’on n’y connaît absolument rien!
Bref, le but premier d’un bon documentaire est d’informer, et ses buts plus secondaires sont de saisir le spectateur, de le faire réagir et de le faire réfléchir. Michael Moore ne recherche pas tant à nous informer qu’à nous choquer, et il ne cherche certainement pas à nous faire réfléchir car il présente l’ensemble de son œuvre comme une vérité absolue. Encore une fois, il se confirme non pas comme un documentariste, mais comme un polémiste anti-républicain.


