Il y a de ces chroniqueurs, qui sont assez peu nombreux par contre, qui ont des partis pris tellement évidents mais malgré tout continuent de défendre leur objectivité, leur sens critique et leur éthique journalistique. Ils se disent journalistes simplement parce qu’ils écrivent dans un média écrit, mais là s’arrête en fait leur définition de la profession.
Sans l’ombre d’un doute, la personne qui colle le mieux à cette description est André Pratte, cet éditorialiste de La Presse qui y publie des chroniques depuis longtemps et qui vont systématiquement dans le même sens : la promotion des idées défendues par le Parti libéral du Québec. Cela été d’une évidence accablante lors de la dernière campagne électorale, où il a démoli sans retenue les programmes de l’ADQ et du PQ pour encenser celui du PLQ. Le nombre de commentaires de protestation sur son blogue a été stupéfiant, mais ce ne fut rien pour faire broncher un homme aussi rouge dans l’âme.
« C’est un éditorialiste et il donne son opinion », me dira-t-on. Mais il y a une différence entre donner son opinion et faire de la promotion. Il y a une différence entre être en accord avec un certain courant d’idée et s’en faire systématiquement le défenseur. André Pratte n’est pas un éditorialiste; c’est un promoteur.
Aujourd’hui même, le titre de sa chronique s’intitule « Irresponsable et pathétique », au lendemain de la présentation du budget Jérôme-Forget. En tant que lecteur, je m’attendais à une critique très dure de ce budget dans les lignes suivant le titre, mais il n’en fut rien! Ce qui est irresponsable aux yeux de Pratte, c’est l’attitude des partis d’opposition devant l’irréprochable gouvernement libéral! Il n’y a aucune raison, selon lui, de ne pas voter pour ce si formidable budget.
Et les détournements des fruits du déséquilibre fiscal? Et les nombreux secteurs oubliés, comme les régions-ressources et l’éducation? Et l’augmentation de la dette? Et la vente d’actifs d’Hydro-Québec pour atteindre l’équilibre budgétaire? Qu’à cela ne tienne, Pratte le libéral n’en a rien à faire, car on baisse les impôts des familles! Les hausses de tarifs viennent toutefois rendre nul leur bénéfice en baisses d’impôt, mais cela, Pratte n’y a certainement pas pensé!
Quand on traite « d’irresponsables » et de « pathétiques » les autres partis, on tient exactement le même discours qu’un politicien. En fait, on est un politicien, et il n’y a rien de mal à en être un. Mais André Pratte ne s’assume pas, et se couvre d’une étoffe de journaliste pour dissimuler ses habits aux couleurs du Parti libéral. Il n’y a pas plus hypocrite et malveillant qu’une personne qui se cache de la sorte derrière une crédibilité journalistique et qui s’en sert pour faire passer le message du parti pour lequel elle est l’agent non-officiel.